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Syndrome du bébé secoué - Témoignage

Monsieur Bertrand Gimonet m’a permis de partager avec vous son histoire. Papa d’un petit Tom décédé en octobre 2014 à 4 mois, suite à des maltraitantes répétées par sa nourrice.


«  Voici la très courte histoire de notre fils TOM, 4 mois de vie…


Quelques éléments de contexte permettant de mieux comprendre comment nous sommes arrivés à devoir choisir cette nourrice.


Tout d’abord, pour notre aîné B né en 2012 (2 ans au moment des faits), mon épouse et moi-même avions décidé de prendre une assistante maternelle qualifiée comme mode de garde, car nous avions très peu de chance d’avoir une place en crèche là où nous habitions. Lorsque, aux alentours de novembre 2013, nous avons su qu’un petit frère/sœur pointerait le bout de son nez en juillet 2014, nous avons immédiatement prévenu notre nourrice pour qu’elle nous réserve la dernière place disponible. En plus de ses 3 enfants, elle gardait déjà 1 autre enfant.Malheureusement, 6 mois avant la naissance de TOM, malgré son accord verbal, notre assistante maternelle nous a fait faux bond au profit de l’autre maman attendant elle aussi un bébé pour fin 2014. 


Et nous voilà repartis à trouver une nourrice/structure pouvant accueillir notre aînée et son futur frère… Après de nombreux contacts, une centaine d’appels téléphoniques, visites et beaucoup d’horreurs, nous hésitons entre un relais d’assistante maternelle et Mme X, assistante maternelle qualifiée depuis 2006. Après 24 h de réflexion, nous décidions de prendre Mme X, la maison est propre, bien entretenue et la personne semble dynamique. Le contrat d’accueil enfin signé, une épine du pied en moins, nous allons enfin profiter de cette grossesse et pouvoir trouver une maison pour accueillir toute la famille…


Et le 7 juin 2014, 1 mois en avance, arriva un bébé magnifique : TOM.

Les jours et nuits se succédèrent alternant biberons et bricolage dans la nouvelle maison. Un quotidien digne de « la petite maison dans la prairie », un rythme à 4 vite trouvé grâce à un bébé vraiment facile, du bonheur, de la joie agrémentée par les couches, biberons et bonne fatigue… Un équilibre parfaitement épanouissant.


Arrivée à la fin août prise de contact avec la nouvelle assistante maternelle Mme X pour organiser la prise en charge des 2 enfants et définir le temps d’adaptation pour eux deux. L’adaptation s’est faite sur 15 jours de façon tout à fait classique, en augmentant progressivement le temps de présence des enfants chez elle. Selon ses dires, tout se passait très bien et les enfants étaient fantastiques. Dès le 15 septembre, ma femme reprenant le travail, les enfants sont accueillis au domicile de Mme X de 8 h 30 à 18 h 30, 4 jours par semaine. D’après elle, les journées se passent bien.


Le vendredi 19/09, je vais pour la première fois chercher les enfants chez elle. Je les retrouve dehors malgré la fraîcheur et TOM est TRÈS blanc, elle m’explique rapidement que Tom ne va pas bien depuis midi. Je mets Tom dans son cosy sur le pas de la porte. Tom régurgite. Je mets la famille dans la voiture et elle tourne le dos avant même que j’ai terminé. 

Arrivé à la maison, je laisse Tom dans son cosy en train de dormir. À son réveil, je le prends il vomit dans mes bras. Je commence à le changer, ma femme arrive du travail et nous décidons d’aller chez le médecin le lendemain matin. Le biberon du soir fut également accompagné de vomissement. Très inquiet et pour pouvoir le surveiller dans la nuit, TOM dormit à côté de nous dans sa nacelle cette nuit-là.


Le lendemain matin, le médecin pose le diagnostic d’une simple pharyngite. Le week-end se passe relativement bien avec un seul épisode de vomissement dans la nuit du samedi au dimanche.


Le lundi 22/09 : retour chez la nourrice, TOM va mieux. Je vais chercher Tom pour la seconde fois et cela se passe mieux malgré une remise des enfants plutôt expéditive.


Le mercredi 24/09 dans la matinée ma femme reçoit un SMS de Mme X expliquant que Tom pleure beaucoup. Le midi elle appelle la nourrice par téléphone qui la rassure et lui dit que tout va bien, mais que Tom ne boit pas bien ses biberons. Face à ces symptômes persistants pour une simple pharyngite, ma femme tente de joindre notre médecin généraliste et le pédiatre tous 2 absents ; dans l’inquiétude elle décide de demander à mes beaux-parents de récupérer TOM pour l’emmener aux urgences. Lorsque mes beaux-parents le récupèrent, Tom est livide et complètement hagard. Arrivé aux urgences, il est immédiatement perfusé, car complètement déshydraté. Le soir même Tom passe une échographie abdominale pour écarter une éventuelle sténose du pylore ou invagination intestinale ; l’échographie est normale, le diagnostic tombe : gastroentérite…


Le lendemain je rentre en catastrophe de Paris (en déplacement depuis le 23). Nous nous relayons au chevet de Tom jour et nuit et vendredi midi notre petit bonhomme refait surface, se remet à sourire, arrête de vomir et fait des gazouillis à tout va.


Le samedi 27/09 nous sommes autorisés à rentrer à la maison, le cœur bien plus léger d’avoir retrouvé notre fils tel que nous le connaissions avec tout de même une suspicion d’allergie aux protéines de lait de vache et la prescription d’un lait adapté.


Le dimanche 28/09, TOM avait retrouvé son sourire, la journée était ensoleillée, parfaite. La dernière d’une vie normale à 4, mais ça nous ne le savions pas encore.


Le lundi 29/09, ma femme dépose les enfants chez Mme X à 8 h 30 avant d’aller au travail. Je décide de prendre mon lundi pour jardiner et me changer les idées après ces 3 jours à l’hôpital. Dans la matinée, elle prend contact avec l’assistante maternelle pour savoir si tout va bien, pas de soucis selon elle mis à part le fait que Tom pleure beaucoup. À 14 h 30 notre vie bascule, Mme X appelle ma femme sur son portable pour lui dire que Tom ne va pas bien du tout et lui demander ce qu’il faut faire, ma femme lui répond d’appeler immédiatement le SAMU, Mme X ne connaît pas le numéro du SAMU…, c’est ma femme qui lui indique que c’est le 15. Elle raccroche et part en trombe chez la nourrice, m’appelle au passage et me laisse un message, TOM ne va pas bien du tout. Il a fait un arrêt cardiaque. J’arrête tout et fonce chez elle.


Arrivé sur place avant les pompiers, ma femme trouve Tom allongé sur un lit d’adulte, sur le côté excessivement pale et en couche, Mme X est au téléphone avec le médecin du SAMU. Elle passe le combiné à ma femme qui constate, avec l’aide du médecin régulateur, que notre fils est en arrêt cardiorespiratoire. Ma femme commence alors un massage cardiaque sur son propre fils jusqu’à l’arrivée des pompiers qui prendront le relais.


En parallèle, lors de mon arrivée en voiture, je croise le SAMU que je laisse passer et le suis jusqu’au chevet de mon fils. Je le découvre, alors en couche allongé sur la table basse, un pompier en train de faire un massage cardiaque, mon épouse en état de choc. À ce moment-là, peu d’attention envers la nounou. Ma priorité était mon fils.


Après de longues minutes de massage et injection d’adrénaline, le cœur de notre fils redémarre… Une seconde équipe du SAMU arrive en hélicoptère et l’héliporte à l’hôpital adéquat le plus proche.


Dans l’incapacité totale de conduire c’est mon beau père qui nous conduit à l’hôpital à 1 heure de route. Arrivés sur place nous découvrons Tom intubé, perfusé et "monitoré" de la tête aux pieds, complètement immobile, ne respirant plus seul… dans le coma. On nous explique alors que l’attente va être longue avant de savoir quelles seront les séquelles définitives au niveau cérébral suite à son arrêt cardiaque. Tom passera dans la nuit une première IRM et d’autres examens le lendemain notamment un examen ophtalmologique poussé.


Le mardi soir, la deuxième claque arrive de plein fouet, en entretien avec le pédiatre et l’infirmière pour faire un premier bilan, ces derniers m’annoncent qu’à la suite des premiers examens l’arrêt cardiaque de Tom faisait suite à un secouement d’une extrême violence et qu’ils avaient détecté au moins un épisode antérieur : notre fils était non pas malade, mais une victime du syndrome du bébé secoué…. J’ignorais alors tout de ce syndrome et de la violence d’un tel acte.


Pendant cette première semaine à tour de rôle mon épouse et moi-même restions nuit et jour à côté de TOM… Nous alternions nos seuls moments hors de l’hôpital entre notre aîné, la police pour porter plainte et les auditions. Nous avons bien évidemment coupé immédiatement tout contact avec Mme X malgré ses harcèlements téléphoniques.


Lors de la 2ème semaine, l’absence de TOM, de ses parents (1 jour sur 2 il avait son papa ou sa maman), malgré la présence de ses grands-parents venus d’urgence nous seconder, le comportement de notre aîné s’est largement modifié. Sur le conseil de l’hôpital, nous avons emmené notre aîné voire son frère pour qu’il réalise la situation et, afin de souffler nous aussi pour tenir le coup face à ce marathon émotionnel, nous primes la décision de rester le jour à l’hôpital et la nuit à la maison…. Et nous retrouvâmes notre aîné comme « avant ». Durant ces quinze jours nous avons appris le suicide du mari de Mme X, ce qui faillit entraîner la perte de mon poste celui-ci travaillant dans la même entreprise que moi, la direction a pris peur….


Durant ces quinze jours, nous avons aussi attendu de savoir si un jour Tom allait rouvrir les yeux et dans quel état il serait en mort cérébrale.


Le vendredi 10 octobre au soir, ultime convocation des médecins après une dernière IRM, les médecins nous ont alors confirmé que le cerveau de notre fils était détruit à 95 %, seules les fonctions vitales cardiaques et respiratoires étaient maintenues, car le tronc était intact. Il n’y avait aucune chance de récupération possible. La seule chose que l’on pouvait désormais faire était de choisir la date et l’heure où nous souhaitions le débrancher et le laisser partir… 


Le dimanche 12 octobre dans l’après-midi Tom a été désintubé sous morphine pour ne pas souffrir. Après 2 heures d’agonie… TOM est décédé dans nos bras.


La suite de notre nouvelle vie s’articula à donner du sens à la vie pour notre aîné et à rester soudé dans ces moments difficiles… et l’attente d’un signe de la justice. Grâce à l’hôpital, nous avons réussi à obtenir une place en crèche pour notre aîné…plus possible de faire confiance à une nourrice. Me voilà à amener mon fils à la crèche et à le voir pleurer de douleur de le laisser seul chez eux. Vous n’imaginez pas la douleur de voir ces pleurs et la douleur de mon fils. Une douleur en plus de la douleur…



Sur l’aspect judiciaire :

Dès connaissance que TOM avait subi le SBS, mon épouse a porté plainte et nous avons arrêté tout contact avec elle. J’ai été également entendu par la police. Une chance pour nous, l’hôpital a communiqué à la police que l’arrêt cardiaque était dû à un secouement qui avait eu lieu maximum 30 min avant. Cela nous a probablement évité une mise en garde à vue traumatisante et le retrait de notre aîné par mesure préventive.


La nourrice a été mise en garde à vue, mais a refusé de répondre à la police. Elle a été libérée suite à la garde à vue par manque d’éléments probants quant à sa culpabilité réelle (elle ou une autre personne présente au moment des faits).


En parallèle, c’est nous qui avons mis au courant la PMI de la situation pour que son agrément soit suspendu, oui car c’est aux parents de les informer… et nous avons mis fin au contrat pour nos 2 enfants sinon nous devions continuer à payer… Chèque à 4 chiffres envoyés qu’elle s’est empressée d’encaisser…


L’autopsie n’ayant pas donné plus d’éléments, une expertise a été demandée. Après 4 mois d’attente, celle-ci a confirmé que TOM avait bien subi des secouements : 3 fois !! en 10 jours.


Suite à la conclusion de l’expertise, nouvelle garde à vue de la nourrice et malgré l’expertise, elle refuse toujours de parler, mais fut enfin mise en examen et sous contrôle judiciaire.


Une contre-expertise a été demandée par la défense. Contre-expertise qui a confirmé les résultats de l’expertise et sans équivoque.… Le 15 et 16 octobre 2018 a eu lieu le procès aux assises de Besançon de notre nourrice Mme X. 2 jours à entendre le rappel des faits, 2 jours sans excuse de notre nourrice, 2 jours à attendre que Mme X reconnaissent les 3 secouements mais n’en reconnaitra que 2 ; 2 jours pour résumer les 4 mois de notre fils…. à non pardon, 2 jours à parler de Mme X ; et oui la justice est faite pour les coupables….et les victimes n’ont cas pleuré !


3h30 de délibération pour entendre que Mme X est condamnée pour les faits passés entre le 19/09 et 29/09 à 7 ans de prison ferme et 5 ans d’interdiction d’exercer ! 5 ans d’interdiction seulement et pourra recommencer à garder des enfants. Double peine pour nous après la mort de notre enfant de penser que cette coupable puisse être permis de garder à nouveau des enfants et les resecouer. Oui les resecouer car plus de la moitié des coupables de secouement sont des récidivistes. Etonnante condamnation quand le procès a mis en évidence qu’un autre enfant gardé par cette Mme X a des problèmes d’apprentissage, en partie aveugle et sourd ; symptômes pouvant être dus aussi à des secouements. 


Voilà les faits… et notre vie est restée et reste rythmée par ce drame… 5 ans ponctués par des rendez-vous chez le psy ou l’orthophoniste pour notre aîné, 2 grossesses avec un suivi psychologique…


Nous avons dû adapter/modifier notre vie du fait que nous n’arrivons plus à faire confiance. Nous avons mis nos enfants en école privée, seule structure garantissant, périscolaire, cantine et éducation… au même endroit ; impossible de laisser notre fils prendre le bus… Nous avons dû nous résigner à ne pas aller dans la ville où elle réside, pourtant la plus proche de la nôtre, par peur de la rencontrer ou vérifier dans un parking si on ne voyait pas sa voiture… Nous sommes toujours incapables de faire garder nos enfants par d’autres personnes que nos parents très proches. Toujours en alerte afin de s’assurer que rien ne puisse leur arriver… Entretenir sa tombe… un crève-cœur à chaque visite.


Ces 3 actes ont à tout jamais profondément changé notre vie et nous savons déjà qu’aucun deuil définitif n’est possible. Nous avons dû réapprendre à vivre, nous réparer, c’est comme une « 2ème naissance », une naissance bancale à 38 et 30 ans où nous avons perdu notre insouciance et notre sérénité.  


Rappelez-vous, SECOUER n’est pas JOUER, SECOUER tue ou handicape. 


Pour ceux ne connaissant pas le syndrome du bébé secoué, il s’agit d’un traumatisme crânien infligé volontairement par un adulte…. et non pas un accident. Ce geste est principalement dû à l’exaspération des pleurs du bébé. Si vous sentez à bout et n’arrivant plus à gérer les pleurs de votre enfant, posez votre bébé en toute sécurité sur le dos dans son lit et quitter la pièce. Appelez un ami de confiance, prenez une douche, écoutez de la musique ou autres activités mais NE SECOUER JAMAIS votre bébé.


Voilà l’histoire de notre fils, l’histoire de notre vie… la vie continue, nous réapprenons à vivre et à être heureux. 


À toi notre fils, TOM… »


Bertrand Gimonet


Tous droits réservés.


Merci à Mr Gimonet de m’avoir permis de raconter son histoire.