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Mon bébé peut-il faire des caprices ?


Quand un bébé ou un petit enfant se met en colère, crie, hurle, pleure car il n’a pas envie de faire quelque chose ou qu’on lui a refusé quelque chose… on dit souvent qu’il fait un caprice et va se mettre dans tous ses états afin d’obtenir ce qu’il veut.





Si on se mettait à leur place quelques instants : quand un adulte n’a pas envie de manger, on se dit qu’il n’a pas faim. Quand un enfant ne mange pas, on se dit qu’il fait un caprice. Quand un adulte n’a pas envie de dormir, on se dit qu’il n’est pas fatigué. Quand un enfant n’a pas envie de dormir, on se dit qu’il fait un caprice. Quand un adulte joue, lit un livre et qu’il n’a pas envie de s’arrêter, on se dit qu’il a besoin de se détendre, de se ressourcer. Quand un enfant n’a pas envie d’arrêter de jouer, on se dit qu’il fait un caprice...


Face à cela, pourrions-nous en déduire que face à un comportement que nous ne comprenons peut-être pas sur le moment présent (car notre besoin est autre que celui de l’enfant), nous qualifions alors la réaction de l’enfant de caprice ?


Et si on remplaçait le mot « caprice » par « un besoin non compris » ?


Si à partir de ce moment là, nous nous demandions ce qu’il se passe pour l’enfant en essayant de se mettre à sa place ? Nos petits vivent tout un tas d’expériences où ils ont du mal à se faire comprendre, où ils n’arrivent pas à réaliser toutes sortes d’actions et où leur cerveau ne leur permet pas de prendre du recul et d’accompagner leurs émotions,…


 

À ce jour, un caprice tel qu’on l’entend induit une notion de manipulation.


Est-ce vraiment le cas ?




Essayons de comprendre ensemble pourquoi un bébé ne peut faire un caprice grâce aux écrits de Filliozat, Gueguen et Montessori :



1. Catherine Gueguen dit que le cerveau de bébé est trop immature pour pouvoir manipuler, il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles.


Avant 5 ans, c’est le cerveau émotionnel et le cerveau archaïque qui prennent généralement le dessus sur le cortex (centre de la raison). Le cortex préfrontal ne commence qu’à maturer entre 5 et 7 ans. Il est donc tout a fait normal que le petit enfant se mette facilement en colère, pleure, hurle, se roule par terre. Il a besoin de l’adulte pour l’aider à comprendre ce qui lui arrive. Seul, il ne sait pas le faire. Ce n’est ni de la comédie, ni un caprice. Ce n’est pas non plus dirigé vers nous en essayant de nous énerver.


Les émotions qu’il ressent et nous exprime sont réelles pour lui. Il subit ses émotions de plein fouet et il en est le 1er surpris.


Face à ses tempêtes émotionnelles, nous pouvons souffler un bon coup avant de réagir. Nous reconnecter à nous-même et se mettre à la place de l’enfant. Essayons de comprendre quel est l’élément déclencheur de cette tempête et de verbaliser ce qu’il s’est passé en mettant un mot sur l’émotion qu’il est en train de vivre. Lui expliquer que nous le comprenons, qu’il est en colère, frustré,… et que nous allons l’accompagner à traverser son émotion. Rassurons-le, câlinons-le.



2. Isabelle Filliozat dit souvent que l’enfant est bon. Les caprices ont une connotation négative et penser que l’enfant peut en faire, nous transmet une image négative de lui. C’est un être d’amour et jamais il ne cherche à embêter ses parents. C’est un être plein de vie, de joie et de curiosité. Les débordements qu’il peut avoir sont des appels à l’aide. Les conflits ou les rapports de force (entre les besoins) qui peuvent exister entre un enfant et un adulte sont de l’incompréhension entre deux fonctionnements bien différents.



3. L’enfant vit dans l’instant présent et ne peut se projeter dans le futur, anticiper et prévoir. Il ne pense pas aux conséquences de ses actes et découvre le monde en l’expérimentant.


Dans son livre « Il n’y a pas de parents parfaits », Filliozat nous explique que par exemple :

« il ne peut prévoir qu’en lançant des petits cailloux sur quelqu’un, cela risque de lui faire mal. Il est dans l’instant présent, vit selon ses propres émotions et ne peut encore comprendre l’impact de son geste. Il ne pense pas qu’il risque de faire mal et blesser. Tout ce qu’il a envie c’est de comprendre et expérimenter l’effet que son action produit comme quand il lance sans arrêt un jouet. »


Cela peut facilement créer un rapport de force entre l’enfant et l’adulte car ils n se comprennent pas. Tout simplement, l’enfant n’a pas la capacité d’empêcher ses impulsions comme nous le faisons. Sa capacité à inhiber un geste est en pleine croissance. Lorsqu’il a décidé qu’il allait faire quelque chose, son cerveau crée un image mentale, il lui sera très difficile de déconstruire cette envie.


Cela s’applique également lorsque l’enfant joue et que nous l’interrompons. Gueguen nous explique qu’il ne va penser qu’au plaisir qu’il va perdre en s’arrêtant de jouer. Prévenir l’enfant en amont, lui expliquer ce qu’il va se passer, nous permet de prévenir ces moments. L’enfant se sent concerné et n’est pas pris au dépourvu.



4. L’enfant a soif de découvertes. Maria Montessori nous l’expliquait très bien ; il a besoin de découvrir, toucher, pousser, tirer, jeter,… afin de comprendre le monde dans lequel il vit. Aller contre ces découvertes peut être nuisible pour son développement et sa construction. Face à cela, essayons de comprendre son besoin et de lui proposer du matériel et des activités répondant à sa curiosité. Son job de bébé est de découvrir et d’expérimenter. N’empêchons pas ses élans naturels de découvertes.

Dans son livre « L’enfant », Maria Montessori disait: 

«  L’esprit de l’enfant est disposé, jusqu’à ses racines, à l’obéissance. Seulement, quand l’adulte lui demande de renoncer à la commande du moteur qui le construit avec des lois inaltérables, l’enfant ne peut pas obéir. C’est comme si, à l’époque de la dentition, on lui demandait d’empêcher ses dents de sortir. Les caprices et la désobéissances de l’enfant sont les explosions d’un conflit vital entre sa poussée créatrice et son amour de l’adulte, qui ne le comprend pas » 



Source :

Isabelle Filliozat - Au coeur des émotions de l’enfant, J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parents parfaits

Catherine Gueguen - Pour une enfance heureuse

Montessori - L’enfant

Patricia Spinelli - Montessori, un autre regard sur l'enfant