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Des émotions intenses durant l'enfance

Avant ses 5-6 ans, l'enfant n'est pas capable de contrôler ses tempêtes émotionnelles. Il vit ses émotions « sans filtre ».


Un enfant est une personne qui a ses pensées propres, ses émotions et ses images mentales. Tout est en construction.


Isabelle Filliozat l’explique très bien dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant » :

« Son cerveau en maturation ne fournit pas encore à l’enfant les outils mentaux qui lui permettront plus tard de maîtriser ses émois. Petit, il ne sait pas encore faire des hypothèses, des déductions logiques, se décentrer de son point de vue, prendre des distances ou se projeter dans le futur. ».[1]

Par exemple, avant 2 ans, le jeune enfant n’a pas encore la capacité de se représenter des personnes absentes. Cela rend la séparation difficile car il ne peut pas garder en tête l’image de sa maman, ni se projeter dans un futur proche où elle reviendra le chercher.


 

La réponse émotionnelle du tout jeune enfant est immédiate car le développement de sa pensée ne lui permet pas de relativiser les choses. Il est facilement envahi par ses affects et a besoin des adultes pour l’aider à comprendre ce qui lui arrive et comment s’en sortir.


L’enfant voit le monde depuis ses propres yeux. Il est alors intéressant de chercher, en évitant tout jugement, à identifier ce qu’il ressent, comment associe-t-il les choses et ce qu’il se dit à lui-même en le laissant exprimer son émotion jusqu’à la décharge de celle-ci. Le petit est facilement envahi par ses affects (en colère, il peut pleurer, hurler, jeter ce qu’il tient) et a besoin des adultes pour l’aider à comprendre ce qui lui arrive.

Par exemple, il peut se sentir frustré car il n’a pas encore acquis suffisamment de compétences physiques lui permettant de réaliser divers mouvements. Il va donc exprimer toute sa frustration en se mettant en colère. Pousser, mordre, frapper, transgresser les limites sont parfois les seuls moyens que l’enfant a pour exprimer ses besoins, son mal-être, sa fatigue, sa faim,…


L’enfant apprend beaucoup de ses parents et de son entourage. Dès lors, notre attitude envers lui est déterminante dans son développement émotionnel. Lorsque nous laissons l’enfant exprimer ses émotions et accompagnons la décharge de ses pleurs et de ses cris, l’enfant a alors l’occasion de nous dire son mal-être et de pouvoir s’en libérer. Dans le cas contraire, la répression, le jugement ou l’indifférence de la vie émotionnelle du jeune enfant provoqueront un sentiment de culpabilité face à ce qu’il ressent. Celui-ci en arrivera à se sentir « mauvais » d’avoir de tels sentiments. Il se jugera alors négativement et dissimulera son ressenti pour être conforme à ce qu’on attend de lui.


Il est important d’aider l’enfant à mettre des mots sur ses émotions, à les verbaliser. Il faut l’accompagner dans l’expression de son émoi en évitant d’interpréter et de se retrouver démunis face à l’intensité de ses émotions. Pousser, mordre, frapper, transgresser les consignes sont parfois les seuls moyens que l’enfant a pour exprimer ses besoins, son mal-être, sa fatigue,…


 


L’accompagnement des émotions passe par une écoute emphatique 

  • Accueillir non-verbalement par le regard : se mettre à sa hauteur, le regarder dans le yeux, lui sourire et se connecter à sa respiration sont autant d’outils qui nous permettent d’entrer en empathie.

  • Mettre des mots sur le ressenti sans jeu de pouvoir et jugement : « Oh, je vois que tu es triste ». En écoutant avant de consoler : « je vois que tu t’es fait mal ». En reflétant le vécu interne : « tu hésites ? qu’est-ce que tu sens ? ». En validant son émotion : « tu te sens en colère, tu avais envie de continuer à jouer. Je comprends cela ».

      Permettre à l’émotion d’aller jusqu’à la décharge en encourageant l’enfant à exprimer              ce qu’il ressent : « Vas y pleure si tu en as besoin. Ça fait du bien et ça soulage ».

  • Échanger sur ce qu’il s’est passé quand la situation est revenue au calme : « qu’est-ce qu’il s’est passé ? »


 

Grâce aux découvertes en neurosciences, il est important de savoir que le cerveau de l'enfant est très fragile car il n’a pas encore établit une bonne liaison entre les différentes aires cérébrales.


Avant ses 5-6 ans, l'enfant n'est pas capable de contrôler « ses tempêtes émotionnelles ».

Le néocortex (la matière grise) de l’enfant n’est pas assez développé pour pouvoir gérer de telles impulsions et émotions provenant soit du cerveau limbique, soit du cerveau reptilien.

Catherine Gueguen, pédiatre française nous explique dans son livre « Pour une enfance heureuse » que jusqu’au moment où le cerveau ne sera pas totalement mature (vers 25 ans), le processus de gestion des émotions n’est pas fonctionnel à 100%. Ces découvertes nous permettent de comprendre que le jeune enfant n’a physiologiquement pas la capacité de contrôler ce qu’il ressent.

Il ne peut pas réagir comme un adulte, ce n’est pas qu’il ne le veut pas, c’est qu’il ne sait le faire car l’ensemble de ses circuits cérébraux ne sont pas encore tous connectés. Gueguen

L’enfant réagira alors de manière spontanée, en étant submergé sans pouvoir prendre de recul comme lorsqu’il se met en colère et se jette au sol en hurlant.

Toutes les récentes recherches en neurosciences ont permis de démontrer que les adultes qui soutiennent, verbalisent et encouragent les enfants permettent au cerveau de gagner en compétences émotionnelles et cognitives. Les enfants grandissant dans un environnement bienveillant gèrent mieux le stress, sont plus aptes à développer leur concentration et nouent davantage d’amitiés. En mettant des mots sur ses émotions, en étant empathique et à son écoute, le cerveau global de l'enfant gagne en maturité. Si il est anxieux, triste, déçu ou en colère, en parler apaisera une partie de son cerveau.



Source : [1] Au cœur des émotions de l’enfant d’Isabelle Filiozat